Vauban


Le Roi Louis XIII régnait sur les destinées de la France, quand Sébastien le Prestre de Vauban naquit en 1633, à Saint-Léger de Foucherets, petit village du Morvan. Ses parents étaient de petite noblesse et sans ressources ; élève travailleur et doué, il fit  de bonnes études et acquis "une assez bonne teinture de mathématiques et de fortifications et ne dessinant d'ailleurs pas mal".
 Attiré par la carrière des armes, Vauban n'a pas dix huit ans quand il s'engage comme cadet dans le régiment de Condé. Ses chefs, ayant décelé ses connaissances mathématiques, l'utilisent, selon la coutume, comme ingénieur volontaire. Remarqué par le Premier ministre, le Cardinal Mazarin, il est placé sous les ordres du Chevalier de Clerville, Commissaire général des fortifications, mais très vite l'élève va dépasser le maître. C'est le début d'une fulgurante carrière, marquée de la faveur Roi  qui a su juger ses exceptionnels mérites de constructeur de places fortes et de maître dans l'art de faire les sièges.
Au roi Louis XIII, succède en 1651 le roi Louis XIV le Grand, le roi soleil, la France sera en guerre contre l'Europe pendant près de 60 années. A partir de 1658, Vauban prend part à toutes les campagnes militaires. Il construisit trente trois places fortes nouvelles, en réaménagea trois cents (dont Entrevaux), il dirigea cinquante trois sièges qui furent autant de victoires, dont le célèbre siège de Maastricht ; ce qui fit dire à ses contemporains "qu'une citadelle assiégée par Vauban était une citadelle prise et qu'une citadelle aménagée par Vauban était une citadelle imprenable". Il participa à cent quarante actions militaires au cours desquelles il fut blessé huit fois. Il fut nommé au poste suprême de Commissaire général des fortifications en1678 et lieutenant général des armées du roi, le plus haut grade,  à cinquante cinq ans. Fait exceptionnel, il sera, en plus, lieutenant général de la marine, c'est à dire amiral, commandant unique sur terre et sur mer, des côtes de l'Atlantique. En 1705, à 72 ans, c'est la consécration, il sera fait Maréchal de France et chevalier des ordres du Roi.
 Pendant plus de cinquante ans, travailleur acharné, organisateur remarquable, il parcourut toutes les frontières terrestres et maritimes de la France, pour y tisser un réseau de forteresses garant pendant plus d'un siècle de l'inviolabilité du pays. Partisan des frontières naturelles, il favorisa une politique de conquête qui conduisit pour l'essentiel à la France de nos jours.
 C'est à Vauban que l'on doit l'aspect actuel d'Entrevaux. Il commença le projet des fortifications en 1693 et eut pour notre pays un jugement sévère lors de son unique visite des chantiers en 1700. Il se déplaçait sur les chemins en chaise à porteur à deux places attelée à deux mulets "par des chemins que le diable à fait", dans "un pays si rude et si mauvais que personne n'y voudrait demeurer", "le pays le plus déterré que l'on puisse imaginer", " le plus dur et le plus sauvage du royaume". Vauban redoutait au niveau des bastions les crues du Var et encore plus celle de la Chalvagne "capable de rouler des rochers grands comme des carrosses". Il estimait la ville "assez bien peuplée pour sa petitesse, d'une petite bourgeoisie mutine et très malaisée à gouverner, accoutumée même à tuer leur gouverneur".
 Le projet de Vauban était de faire d'Entrevaux une importante place forte, tant était demeuré grand le souvenir de l'invasion de la Provence par les troupes de Charles Quint au siècle précédent. Les fortifications devaient s'échelonner jusqu'au sommet du Puy, pour protéger l'arrière de la citadelle et largement en face de la Porte royale pour protéger le pont et la rive droite du Var. La place avec sa garnison devait pouvoir soutenir un siège de 41 jours. Les travaux furent confiés à l'ingénieur Bonniquet sur qui Vauban portait le jugement suivant : " Bonniquet me paraît sage et appliqué, de médiocre intelligence, mais qui se peut améliorer, car il n'est pas paresseux et me paraît aimer son devoir". Les contraintes budgétaires réduisirent le projet à ce que l'on connaît aujourd'hui.
Entrevaux résistera aux deux invasions de la Provence du XVIIIème siècle : En 1704, lors de la guerre de succession d'Espagne ( siège d'Entrevaux par les Piemontais) ; puis en 1746  lors de la guerre de succession d'Autriche (prise de Castellane par les Autrchiens).
Homme de savoir et de devoir Vauban avait au plus haut degré le souci de la vie des soldats, il avait pour principe : "La sueur épargne le sang". Il était très méfiant à l'égard des entrepreneurs qu'il qualifiait "d'engeance, de fripons, d'écumeurs d'ouvrages", et d'ajouter " Il me faut une fois purger les ouvrages du Roy de ces maraudailles-là si on veut qu'il soit servit comme il faut". Par contre il avait le souci du " dédommagement des terres et maisons que l'on prend aux pauvres particuliers, la conscience ne permet pas de les laisser tant traîner".
Homme de caractère, servi par une brillante intelligence, dévoué au service de l'Etat et de son Roi, Vauban demeure une des plus grandes figure de l'histoire de France, son intime conviction était que " A dire la vérité, les hommes naissent tous roturiers ; il n'y a que leurs actions qui les anoblissent". En cela Vauban fut un précurseur de la Révolution et de l'égalité des droits des hommes.
Depuis trois siècles, aucune Municipalité de notre pays n'a cru devoir commémorer son souvenir dignement;  seul un cafetier s'est glorieusement octroyé le privilège et l'honneur de perpétuer son nom.

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